Street press : Les agriculteurs du Val-d’oise en ont marre de se faire exproprier – le 23/09/2013

A LA PLACE DES CHAMPS DE LA FAMILLE PLET, BIENTÔT UNE PISTE DE SKI INDOOR

HYMNE DE NOS CAMPAGNES | REPORTAGES | par Benjamin Bultel | 23 Septembre 2013

Ce sont d’immense parcelles coincĂ©es entre les voies express’, près de Gonesse. D’ici quelques annĂ©es, plus de colza mais de nouveaux centres commerciaux.

Une autoroute par-ci, un centre commercial par-là, au total c’est plus de 40% de ses champs que la famille Plet s’est fait bouffer en un siècle : « À l’époque de ma mère, on avait 220 hectares. En 1969, quand j’ai repris l’exploitation, j’en avais 180. Et maintenant, on n’en a plus que 130 », lâche Dominique un peu blasé. Assis à ses côtés, le fiston de 19 ans acquiesce. « Plet, agriculteurs de père en fils », même si l’inscription ne trône pas sur le fronton de la baraque, l’idée est là. C’est l’arrière-grand-père de Dominique qui a, le premier, garé son tracteur – ou plutôt sa charrue – à Gonesse (Val-d’Oise).

EXPROPRIATION « Même la maison, ce n’est pas la maison familiale », soupire Dominique en montrant les murs de la ferme recouverts de lierre. « Celle-là, je l’ai achetée en 1980. La ferme familiale a été expropriée pour construire la sous-préfecture. » Avant de lâcher, mi-amusé, mi-lassé : « Pour rien finalement, puisqu’en 1981, la gauche est arrivée et le bâtiment a été construit à Sarcelles. » Habitations, aéroports, autoroutes, zones commerciales, les Plet ne comptent plus les bonnes raisons pour réduire les champs.

Sous le regard vitreux d’un renard empaillé, Dominique sort la liasse de papiers d’expropriation et les étale sur la toile cirée jaune qui recouvre la table du salon. Juillet dernier, en ouvrant sa boîte aux lettres, il découvre un courrier de l’Établissement Public Foncier du Val-d’Oise (EPFVO), lui annonçant qu’il allait (encore) être exproprié. Cette fois-ci, c’est pour construire une ligne de « bus à haut niveau de service » (BHNS), entre les lignes B et D du RER. Quelques mètres carrés, une bagatelle pour les agriculteurs. Bon, ça va… Mais le 26 août, l’EPFVO a décidé que, quitte à exproprier, autant se faire plais’. Cette fois, la procédure s’étale sur les 110 hectares de la zone. Dont quatre appartiennent aux Plet. Raison invoquée : la construction de la future gare de RER « Plaine de Gonesse », dans le cadre du prolongement du RER D . Mise en service prévue pour 2020. L’idée de pouvoir rejoindre Paname en RER ne suffit pas à regonfler le moral des Plet, d’autant plus qu’un bus propose déjà le même trajet.

 

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