La politique d’aménagement du Triangle de Gonesse, bon exemple d’irresponsabilité environnementale des pouvoirs publics

La politique d’aménagement du Triangle de Gonesse, bon exemple d’irresponsabilité environnementale des pouvoirs publics

Une canicule historiquement forte à celle période de l’année s’est abattue la semaine du 13 juin sur toute la France, y compris à Gonesse où d’après Météo France la température était de 36°C samedi 18 juin à 15 heures. Les records de chaleur battus chaque année dans le monde ne sont plus une surprise, puisque annoncés depuis des décennies par les scientifiques spécialistes du climat et particulièrement ceux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).
Avant de supprimer les îlots de chaleur, commercer par ne pas les créer !
Dans les derniers jours, nous avons retrouvé dans les médias des informations sur les moyens de réduire les effets des canicules en ville. La réduction ou suppression des îlots de chaleur dans les métropoles, denses et trop minérales, figure dans la liste des solutions : “L’Insee recense 774 villes denses en France, soit au moins
« 25,5 millions de personnes particulièrement concernées par les îlots de chaleur urbains », calcule Vivian Dépoues, chef de projet adaptation au changement climatique à l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE). (…) Rien qu’à l’échelle de la rue, un alignement de platanes ou de sophoras du Japon abaisse la température de 2 à 3 degrés. Mais la pleine terre n’est pas possible partout et la question financière reste un frein : construire des bureaux rapporte, aménager un parc urbain coûte. La promesse faite par le gouvernement, mardi 14 juin, de créer un fonds de 500 millions d’euros pour aider les collectivités à renaturer leurs centres urbains – les modalités doivent encore être précisées – pourrait donc accélérer certains projets.” (source : article « Les grandes villes en lutte contre la surchauffe » d’Emeline Cazi et Audrey Garric publié par Le Monde le 17.06.2022 sur Internet).
L’exemple à ne pas suivre est donc l’aménagement du Triangle de Gonesse, où l’État (par la voix de l’ex-Premier ministre Jean Castex) a annoncé en mai 2021 – avec la bénédiction du maire J.-P. Blazy – vouloir construire une zone d’activités de 110 hectares et une gare du Grand Paris Express, le tout en plein champ. De même qu’après avoir déroulé le tapis rouge aux promoteurs de centres commerciaux dans la ceinture verte des agglomérations l’État a lancé à coup de dizaine de millions d’euros le programme « Cœur de ville », l’État (
condamné en février 2021 pour inaction climatique) est le pompier pyromane du réchauffement climatique : « Le gouvernement entend favoriser “le développement d’îlots de fraîcheur en ville en s’engageant très fortement à accompagner les collectivités locales dans l’adaptation aux conséquences du dérèglement climatique », a déclaré Mme Grégoire [porte-parole du gouvernement] à l’issue du conseil des ministres. Aussi, ce fonds servira à « cofinancer, aux côtés des collectivités locales qui en expriment le besoin, ces opérations de renaturation. »“.
Depuis sa création le Collectif pour le Triangle de Gonesse insiste sur le rôle positif joué par le Triangle de Gonesse en matière d’atténuation des pics de chaleur, par exemple en
août 2017 : « Ce sont des terres à perte de vue, qui ont un rôle clé à jouer dans la lutte contre le réchauffement climatique puisqu’elles stockent naturellement du carbone et permettent ainsi de réduire les émissions de gaz à effet de serre. (…) Ces terres permettent aussi de réguler les températures de la capitale française, comme le rappelle Jean-Marie Baty, président du mouvement national de lutte pour l’environnement du 93 et membre du Collectif pour le triangle de Gonesse (CPTG). Les fameux îlots de chaleur urbains dont nous parlions mercredi dans un précédent “Itinéraire bis”. Ces phénomènes qui rendent les villes plus chaudes que les zones rurales. »En 2017 toujours, un travail de mesures des îlots de chaleur a été effectué sur l’Ile-de-France avec les données satellitaires Moderate-Resolution Imaging Spectroradiometer (MODIS) relevant les températures journalières nocturnes de surface (1). La carte ci-dessous fournie par Malika Madelin montre les écarts des températures de surface par carroyage de un kilomètre par rapport à la médiane de la zone étudiée dans l’article de Malika et al. Pour mieux faire ressortir la zone du Triangle à cette échelle, les seuils sont différents de ceux de l’article avec la couleur intermédiaire de la palette caractérisant une anomalie de 1,8°C au dessus de la médiane.

La palette sur la carte est continue. Carte et légende :

On observe que le Triangle, additionné au Parc de la Patte d’Oie, forme un îlot de fraîcheur non négligeable pour les zones d’habitations de la ville de Gonesse. Les zones d’habitations occupent des positions où les anomalies tournent autour de 1,8 C au-dessus de la médiane, voir approchent la médiane. Sans le duo Triangle / Parc de la Patte d’Oie, on peut émettre l’hypothèse que les anomalies de températures au niveau des zones d’habitations augmenteraient à l’image de celles présentes sur les villes de Sarcelles et Villiers-Le-Bel (+ 3 ou +4 °C).

Fin juin – début juillet 2019, à l’occasion des actions sur le Triangle de Gonesse pour s’opposer à l’ouverture du chantier de la gare en plein champ, le CPTG l’avait rappelé  : « Dimanche 30 juin on a mesuré la température dans les maïs : 30° et sur la route : 38° ! Comment oser détruire un îlot de fraîcheur qui fait baisser la température de 8 degrés dans une banlieue nord presque totalement minéralisée qui a enregistré un maximum de morts en 2003 ! » (2).

Le rôle positif joué par le Triangle de Gonesse dans le domaine de l’eau
On savait qu’avec plusieurs mètres d’épaisseur, les sols du Triangle de Gonesse permettaient de retarder l’arrivée de crues de la Seine en cas de fortes précipitations. A l’inverse, pendant l’été la capacité de ces sols à retenir l’eau permet aux agriculteurs de cultiver du maïs sans chercher à l’arroser.
D’après l’article « 
Le risque de sécheresse sera fort cet été 2022 », rédigé par des ingénieurs du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM, le service géologique national) et publié le 15 juin par le site Internet « The Conversation » (et repris dans les médias), les rares zones géographiques de métropole qui ne seraient pas en risque de sécheresse sont « les Hauts-de-France, la Haute-Normandie, le nord de l’Ile-de-France et le nord-est de l’Occitanie sont épargnés, selon le bilan arrêté au 1er juin » (Le Monde) mais, à la différence de l’année précédente, les aquifères n’ont pas pu se recharger efficacement faute de précipitations durant l’automne 2021 et l’hiver 2022, car celles-ci ont accusé un déficit de 70 % par rapport à la normale. Le rechargement est d’autant plus important que le sol en surface n’est pas artificialisé par l’activité humaine.

Avant de dépenser des millions pour s’adapter aux effets de plus en plus précoces du réchauffement climatique et des sécheresse de plus en plus fréquentes, les élus locaux et nationaux feraient mieux de renoncer à leurs politiques d’aménagement climaticides telle que celle annoncée sur le Triangle de Gonesse.

(1) source : Madelin, Malika et al. « Intensité et délimitation de l’îlot de chaleur nocturne de surface sur l’agglomération parisienne. », XXXème colloque de l’Association Internationale de Climatologie, 2017

(2) cf. https://ouiauxterresdegonesse.fr/informer/europacity-forte-mobilisation-contre-louverture-du-chantier-de-la-gare/

2 commentaires

  1. Jean-Yves SOUBEN Répondre

    Bravo à l’auteur.e de cet article (NDLC : il s’agit de Blaise M.) très concret sur d’une part inaction climatique du gouvernement et d’autre part sur le gâchis d’argent public aux détriments des contribuables !

    Juste une petite précision mais importante, les maires riverain.e.s de Gonesse (pas tous heureusement !) qui ne voulaient pas prendre position sur l’avenir du Triangle pour ne pas interférer dans les décisions du maire BLAZY (notamment la maire de PARIS) pourront se rendre compte de leur responsabilité à ne pas prendre position : les vents dominants sur le triangle sont des vents de Nord, Nord-Est qui soufflent en direction des zones urbaines denses dont PARIS. Ces vents se rafraîchissent en passant sur le triangle et se chargent en humidité qui s’évapore au contact des îlots de chaleur (c’est le principe du réfrigérateur à évaporation) .
    Il ne fait aucun doute que la température de PARIS est infléchie de quelques degrés en été. La carte ci-dessus est statique et on ne voit pas l’effet thermo-réfrigérant dynamique.
    Si par un grand malheur le triangle se retrouvait bétonné on y additionnerait la chaleur accumulée dans les pistes de Roissy-CDG et on constaterait les morts par effet-canicule dans ces zones urbaines denses (l’agglomération parisienne, mais en premier lieu la Seine Saint-Denis) action suicidaire car définitive et irréversible…

    Comme on ne pourrait prouver que “bétonner le triangle aggrave les canicules sur Paris” que quand ça serait bétonné et qu’il ne serait plus possible de revenir en arrière, voilà encore une preuve qu’on a RAISON de sauvegarder les terres agricoles du Triangle de Gonesse !

  2. LORTHIOIS Jacqueline Répondre

    J’en rajoute par rapport au commentaire précédent :
    Quel est l’intérêt d’implanter des équipements dans le Triangle de Gonesse où l’habitat est interdit (parce que situé entre l’aéroport du Bourget et celui de Roissy) et situé à 1,7 km des premières habitations de Gonesse et à 6 km du quartier de la Fauconnière ? Je rappelle que l’évaluation de la ligne de métro 17 Nord fait apparaître des économies de gaz à effet de serre, grâce à un critère de “centralité urbaine”, parce qu’il s’agirait d’une construction en zone dense qui aurait pour effet de diminuer les besoins de transports !!
    Aucune centralité urbaine possible pour une zone sans habitants humains !! … mais très habitée par pléthore d’espèces végétales et animales, avec des maïs florissants sous canicule et des vers de terre qui se la creusent douce 7j /7 dimanches et jours fériés, gratuitement (à comparer aux 11 millions d’euros d’un tunnelier)… Par contre, il y a un risque majeur d’une hausse de 200% de besoins de transports (un aller et un retour) si les équipements étaient construits et qu’une main-d’oeuvre extérieure soit obligée d’y venir travailler. Donc la pub faite pour le Grand Paris Express d’une diminution des besoins de transports est totalement MENSONGERE. Et non seulement ça n’améliore pas le climat, mais ça contribue à le foutre en l’air !!
    Pendant ce temps-là, il y a pléthore de zones d’activités vides dans le Grand Roissy, dont certaines très bien placées et très bien desservies, à proximité ou au coeur des villes et qui ne nécessitent aucun besoin de transports supplémentaire… Par exemple, la friche PSA à Aulnay-sous-Bois, la plus grande ville du Grand Roissy (86 000 habitants) déficitaire en emplois et desservie par le RER B. Gonesse est excédentaire en emplois, Roissy a 40 fois plus d’emplois que d’actifs… donc priorité aux commune déficitaires : Goussainville, Sarcelles, Villiers le Bel, Stains, Blanc-Mesnil et bien sûr… Aulnay-sous-Bois.
    Et longue vie aux excellentes terres agricoles du Triangle de Gonesse, à ses oedicnèmes criards et à ses orchidées pyramidalis… Et à ses îlots de fraîcheur.

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